L’intimidation, de quoi parle-t-on?

Denis Leclerc Photo 2

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur le problème de l’intimidation, chacun y allant de ses suggestions de moyens pour éradiquer ce fléau ou, plus modestement, en diminuer l’ampleur et les impacts négatifs. Mais au fait, de quoi parle-t-on lorsqu’il est question d’intimidation? S’entend-on sur une définition commune? Le même terme définit-il toujours une même réalité?

Le Premier ministre Philippe Couillard a clairement identifié la prévention de l’intimidation comme étant une priorité de son gouvernement. Dans cette optique, un Forum national sur l’intimidation s’est tenu à l’automne et nous y étions présents. Nous avons soumis un mémoire dans le cadre de la consultation menant à l’élaboration en 2015 d’un plan d’action gouvernemental pour prévenir et contrer l’intimidation.

Tous les intervenants semblent d’accord sur l’importance de s’attaquer à l’intimidation, mais laquelle? Il y a bien sûr l’intimidation sur la cour d’école, dont on entend beaucoup parler. Mais il est également question d’intimidation au hockey, sur les chantiers de la construction, de la part des gangs de rue, dans les relations hommes-femmes. La liste pourrait s’allonger et, à chaque fois, la confusion potentielle augmenter. Si on ajoute à cela le fait que l’intimidation est fréquemment liée, et parfois confondue, avec plusieurs autres problématiques connexes : violence, conflits, abus de pouvoir, harcèlement, sexisme, racisme, homophobie, âgisme, maltraitance, etc., il devient de plus en plus difficile de s’y retrouver.

Vers une définition commune

À la base, tous s’entendent pour dire que l’intimidation est d’abord caractérisée par un déséquilibre du rapport de force et par un abus de ce pouvoir sur autrui. Ce déséquilibre est parfois plus évident, comme dans les situations de force brute, celle-ci pouvant être individuelle ou en lien avec le nombre de personnes, avec la force du groupe. Le déséquilibre peut aussi être plus subtil, comme dans les situations de violence psychologique ou de rejet social.

Là où ça se complique, c’est lorsque plusieurs auteurs et intervenants considèrent que l’intimidation doit toujours être associée à une dimension de répétition. On ne parle plus alors d’une situation isolée, comme on pourrait la vivre dans une file d’attente par exemple, mais plutôt d’un problème qui perdure dans le temps. De plus, pour des auteurs comme Olweus, pionnier mondial lorsqu’il est question de prévention de l’intimidation en milieu scolaire, cette dimension doit être associée à la victime. Celle-ci subit régulièrement, et fréquemment pour de très longues périodes, des agressions multiples, souvent de la part d’agresseurs différents.

Une définition de l’intimidation, tout particulièrement dans le contexte scolaire, devrait inclure les éléments de déséquilibre du rapport de force, d’abus de pouvoir en lien avec ce déséquilibre et de victime à répétition. Évidemment, tout  abus de pouvoir demeure inacceptable et les enjeux peuvent être différents selon les contextes, mais une définition plus précise semble essentielle si l’on veut éviter l’éparpillement et la confusion et répondre adéquatement aux besoins des personnes vulnérables. En ce sens, les psychoéducateurs et les autres intervenants qui souhaitent contribuer efficacement à la prévention du phénomène de l’intimidation doivent s’entendre sur une définition commune.

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