Le phénomène de l’intimidation en milieu scolaire

L’intimidation en milieu scolaire a été tellement médiatisée que cela peut donner l’impression que le phénomène est simple à comprendre et les solutions tout aussi faciles à identifier. Pourtant, la réalité est tout autre. J’ai déjà souligné dans un précédent blogue la première difficulté qui est celle de s’entendre sur une définition commune, nécessaire pour répondre adéquatement aux besoins des personnes vulnérables. Ainsi, pour nous, une définition de l’intimidation devrait inclure les éléments de déséquilibre du rapport de force, d’abus de pouvoir en lien avec ce déséquilibre et de victime à répétition.

L’intimidation est beaucoup plus qu’un simple conflit entre deux personnes. Elle implique généralement plusieurs acteurs qui jouent de près ou de loin un rôle dans le phénomène. Pour intervenir efficacement face aux situations d’intimidation, il faut bien connaître les caractéristiques et motivations de ces différentes personnes et comprendre la nature des interactions entre elles. Le phénomène est complexe et nécessite des actions efficaces et concertées mais également une évaluation rigoureuse pour bien cibler ces actions.

Les victimes 

On connaît les conséquences souvent dramatiques découlant de l’intimidation à l’endroit de certains élèves qui subissent, jour après jour, des agressions multiples. Le préjudice pour ces victimes étant très important, cela exige que l’on aborde les situations d’intimidation avec le plus grand sérieux. Il devient donc important de bien identifier d’abord le profil de l’élève qui subit cette intimidation. Bien que tout comportement d’agression est en soi inacceptable, le soutien nécessaire à apporter à un élève victime ne sera pas le même si celui-ci est plutôt renfermé et passif comparativement à un autre plus extraverti et provocateur. Une intervention inappropriée risquerait d’être totalement inefficace ou même d’être dommageable pour l’élève. Il est donc important d’éviter les mesures uniformes pour tous et plutôt de préconiser une évaluation rigoureuse des situations d’intimidation, effectuée par un professionnel compétent.

Les agresseurs 

S’il est clair que les victimes ont des caractéristiques différentes, il en va de même pour les agresseurs. On sait maintenant que le phénomène concerne autant les filles que les garçons et que, généralement, les agressions se caractérisent davantage par de la violence verbale et psychologique que physique. De plus, les agresseurs n’agissent pas tous avec les mêmes motivations. Certains meneurs vont initier les agressions alors que d’autres vont suivre le mouvement avec une implication plus ou moins active et pour des raisons diverses, allant du désir d’imiter à la crainte de devenir victime à leur tour. Il est important de réaffirmer que les actions d’agression ne peuvent être tolérées. Toutefois, une intervention uniforme pour tous, sans analyse rigoureuse de la situation, risque de ne pas apporter les résultats souhaités. Que ce soit pour les victimes ou les agresseurs, les interventions se doivent d’être différenciées pour être efficaces.

Les témoins 

Plus que pour d’autres phénomènes de violence, les pairs ont un rôle important à jouer lorsqu’il est question d’intimidation. En fait, on pourrait presque dire que les situations d’intimidation se produisent « parce qu’il y a des témoins ». En effet, plusieurs jeunes adoptent des comportements d’intimidation dans le but de se donner un statut auprès des pairs et la réaction de ces derniers dictera souvent la suite des choses. Une attitude d’encouragement, ou même simplement d’indifférence, risque de favoriser la poursuite des agressions alors qu’un rejet de ces comportements par les pairs est reconnu comme l’action la plus susceptible de faire cesser l’intimidation. Encourager les élèves à dénoncer, et les soutenir dans ce sens, demeure l’une des stratégies les plus efficaces pour l’instauration d’un milieu exempt d’intimidation.

Le rôle des adultes, dont les parents, est également important dans le phénomène de l’intimidation. Ils peuvent évidemment être appelés à intervenir face aux agressions mais, également, ils représentent des modèles pour les jeunes et, à ce titre, sont susceptibles de contribuer à mieux prévenir ce phénomène.

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