L’intimidation et les personnes âgées

En confiant la responsabilité de la lutte à l’intimidation à la ministre de la Famille, qui est aussi ministre responsable des Aînés, le Premier ministre Philippe Couillard a indiqué qu’il était important de considérer le problème de l’intimidation comme pouvant être présent dans toutes les étapes de la vie. Toutefois, lorsqu’il est question des personnes âgées, c’est davantage le terme de maltraitance qui est habituellement utilisé lorsqu’il est question d’abus à leur endroit.

Bien que l’intimidation puisse s’apparenter et même se confondre parfois à la maltraitance, elle s’en distingue également. En fait, on définit généralement la maltraitance comme étant des gestes posés par des personnes dans un contexte où il devrait exister une relation de confiance. Ces gestes sont le plus souvent posés par des proches de la victime ou encore par des intervenants. Pour l’intimidation, on parle généralement d’abus de pouvoir répétés à l’endroit d’une victime, dans un contexte de déséquilibre du rapport de force. Ces événements se produisent habituellement entre pairs.

Si les situations de maltraitance sont généralement commises de la part des proches de la victime ou d’intervenants, qu’en est-il lorsque la situation d’abus de pouvoir se produit entre personnes âgées, en contexte de résidence d’hébergement par exemple? Cette cohabitation « obligée » ne se vit pas de la même manière pour tous et les situations problématiques que l’on peut y rencontrer peuvent parfois s’apparenter à ce que l’on observe dans un contexte scolaire. Ainsi, certaines similitudes existent entre les situations de conflits et d’agression vécues entre résidents dans les centres pour personnes âgées et le phénomène de l’intimidation dans les écoles. Nous y retrouvons sensiblement les mêmes acteurs. Il y a d’abord le ou les agresseurs qui agissent selon différentes motivations importantes à identifier pour intervenir efficacement. Il y a ensuite la victime qui, selon qu’elle soit de type passive ou proactive, ne nécessitera pas le même soutien. On retrouve finalement les autres résidents, témoins de l’agression, qui hésitent trop souvent à dénoncer la situation, même s’ils sont mal à l’aise face à celle-ci. C’est pour ces raisons qu’il semble plus approprié de parler d’intimidation dans ces situations.

La problématique de la maltraitance est assez connue et étudiée, comme en témoigne l’existence de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées. Dans son mémoire présenté dans le cadre de la consultation pour le plan de lutte à l’intimidation, la Chaire souligne toutefois le peu d’études traitant de l’intimidation entre personnes âgées. Bien qu’elle ne concerne qu’une proportion relativement restreinte des personnes âgées, la question de l’intimidation mérite que l’on s’y attarde car elle peut occasionner une détresse émotionnelle importante pour ces personnes.

Les situations d’intimidation sont généralement plus complexes qu’elles n’y paraissent et nécessitent une approche différenciée basée sur une analyse professionnelle de la situation. Les psychoéducateurs sont parmi les professionnels les mieux formés pour porter un regard sur les difficultés d’adaptation et les capacités adaptatives des résidents impliqués dans les situations d’intimidation, donner un sens aux comportements observés et identifier les besoins des personnes concernées. Ceux qui travaillent auprès de cette clientèle voient d’ailleurs leur contribution de plus en plus appréciée par les milieux.

Toutefois, la présence de ce type de professionnels est encore peu répandue dans ce secteur d’activité. Les milieux d’intervention auraient avantage à profiter de l’expertise développée notamment par les professionnels du milieu scolaire. À plusieurs égards, cette expertise pourrait servir de base tant pour orienter les pratiques que pour enrichir les contenus de formation offerts aux intervenants et dirigeants déjà en place. Des contenus d’information et de sensibilisation pourraient également s’adresser aux résidents eux-mêmes pour mieux les habiliter à prévenir le phénomène ou à y faire face lorsqu’ils en sont victimes. Ce serait déjà un début si l’on souhaite vraiment que la problématique de l’intimidation à toutes les tranches de vie fasse réellement partie des priorités.

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